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« 101 ans, Mémé part en vadrouille » dans « Sud-Ouest »

Un article sur « 101 ans, mémé part en vadrouille », de Fiona Lauriol est paru dans le @journalsudouest.

Elle y évoque sa formidable aventure aux côtés de sa grand-mère centenaire ainsi que son tour de France pour mobiliser le public contre l’isolement des personnes âgées.

Son livre est disponible en librairies et sur les plateformes en ligne.

Édité chez @blacklephant.editions.

Elle lutte contre la mort sociale des seniors

Fiona Lauriol, de passage en ville, a beaucoup à raconter : en 2018, elle est partie en road-trip en Europe avec sa grand-mère de 101 ans

On part en caravane, mémé? Nombreux sont ceux qui n’auraient pas tenté l’expérience. Fiona Lauriol et sa grand-mère Dominique l’ont fait. En 2018, à101ans, Dominique est retirée par sa petite fille du centre où elle vit. Les médecins sont unanimes, il lui reste une semaine à vivre. Refusant cette fatalité, Fiona lui propose de prendre la route en mode road-trip intergénérationnel. Espagne, Italie, elles ont bourlingué comme des ados en quête d’amusement.

La mort de sa grand-mère à 103ans, en juin 2020, dresse un constat simple: les médecins avaient tort. À travers son livre «101ans, mémé part en vadrouille», Fiona Lauriol s’engage dans la lutte contre la mort sociale. «En France, on recensait 300000personnes en mort sociale en 2017 contre 500000 en 2021», confesse l’autrice de 40 ans, de passage en ce moment à La Rochelle. En quelque temps, Fiona a réussi à redonner le goût de la vie à sa grand-mère, la faire sortir, voyager et la réintégrer dans une société qui écarte de plus en plus ses aînés.

Fiona est intransigeante: «il faut les sortir de leur zone de confort, les aider pour qu’ils voient ailleurs et continuent de s’émerveiller. Quand on les place en Ehpad, ils ne peuvent en sortir que les pieds devant, ils n’ont plus de perspectives. Ils se laissent dépérir.» Son expérience a ému la communauté française et, depuis, de nombreuses personnes ont témoigné. «On m’apprend parfois qu’une personne a été retrouvée dans son logement, morte depuis des semaines, parce que plus personne ne la côtoie, on les exclut car on pense qu’ils ont déjà vécu. Toute notre vie on est bercé par des conseils, à l’école, au travail. Lorsqu’on prend sa retraite, on n’est pas juste grabataire à attendre la fin, les personnes âgées peuvent encore nous apporter.»

Fiona a fait vivre son premier concert à Dominique à l’âge de 102ans. Elles ont visité des mines d’or qui n’ont pas laissé indifférents les yeux d’une femme d’origine miséreuse: «j’ai vu de l’or», s’est exclamée Dominique. Imaginez sa surprise quand elle a pu visiter la Géode de Pilar de Jaravia en Espagne, en réalité virtuelle. Apeurée, elle a lâché: «où es-tu, Fiona? Je sens ta main mais je ne te vois pas.» À cœur vaillant, rien d’impossible.

Les parents de Fiona, Thierry et Fosca, l’accompagnent au quotidien. Leur but principal est de porter cette thématique dans le pays. En camping-car, on ne déroge pas à la règle, ils sillonnent l’Hexagone pour interpeller les élus et sensibiliser le grand public. «Je me suis déplacé dans des Ehpad et des lycées pour raconter mon histoire et je me suis rendu compte que les personnes âgées étaient ravies de m’écouter mais aussi de partager leurs histoires, ils sentent qu’on s’intéresse, parlent et ne s’arrêtent plus.» Fiona et ses parents souhaitent impérativement réinstaurer un dialogue avec les personnes âgées dans le but de le recentrer dans notre société où ils peuvent encore apprendre et participer. In fine, ce combat s’élargira aussi au spectre des plus jeunes. La mort sociale n’est pas réservée aux seniors.

« Il faut les sortir de leur zone de confort, les aider pour qu’ils continuent de s’émerveiller»

Alexis Cadard

Sud Ouest : le 16/06/2022